Reddition des comptes : Macky Sall face à l’histoire

« Gouvernance sobre et vertueuse » et « La patrie avant le parti ». Tels sont des slogans qui prouvent que Macky Sall est un adepte de la redevabilité. Mieux, il a posé des actes forts allant dans ce sens. Toutefois, des observateurs pensent que le chef de l’État devrait pouvoir aller au bout de sa logique.

Le procureur de la République, Serigne Bassirou Guèye, fera face, cet après-midi à 15 h 30, à la presse pour se prononcer sur les affaires Petro-Tim, de la fuite d’un rapport de l’Ige. Deux dossiers qui tiennent en haleine, depuis la diffusion d’un reportage de la BBC, l’opinion publique, l’opposition et la société civile. D’autres dossiers chauds sont également annoncés au menu.

En effet, le Parquet général a été instruit, suite à saisine du Président Macky Sall, par le ministère de la Justice de faire toute la lumière sur « l’ensemble des faits allégués dans le rapport de l’Ige qui n’a pas encore été transmis au président de la République et les dénonciations relatives à la gestion des contrats pétroliers ».

Crei, Ofnac, déclaration de patrimoine

Si la sortie du maître des poursuites est à ce point attendue, c’est parce qu’elle permettra pour beaucoup d’observateurs de juger, hic et nunc, la volonté maintes fois exprimée par Macky Sall, depuis son accession au pouvoir en 2012, de lutter farouchement contre la mal-gouvernance et la corruption sous toutes ses formes.

Il s’y ajoute que des informations, distillées ici et là, font état de la réouverture par le procureur du dossier sur l’enquête de l’Ofnac qui avait épinglé la gestion du Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud) par l’actuel ministre de l’Enseignement supérieur, Cheikh Oumar Hann, qui en était alors le Directeur général.

Dès sa prise de fonction, Macky Sall pose un acte fort en réactivant la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei) qui était en hibernation depuis 1981. Dans la même foulée, il porte sur les fonts baptismaux l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac) et institue la déclaration de patrimoine.

« L’avenir, c’est la transparence »

En effet, et c’est un secret de polichinelle, le chef de l’État a toujours fait part de sa détermination à être un adepte indécrottable de la reddition des comptes et de la redevabilité. Et, si les Sénégalais l’ont plébiscité au soir du 25 mars 2012, avec 65,80% des voix face à Me Abdoulaye Wade, c’est parce qu’ils étaient convaincus que leur pays allait amorcer un virage salutaire dans sa marche.

« Il faut offrir ce qui vous appartient, conseillait-il à ses collaborateurs. Je subis les mêmes choses que vous tous, mais ne vous laissez pas entraîner dans des choses qui vous dépassent. Car, vous serez seuls devant le juge. Ofnac ou pas, faites les choses comme il se doit et vous êtes tranquilles. L’avenir, c’est la transparence. »

Plus que jamais adossé au diptyque consistant à « bâtir une citoyenneté exemplaire et poser les bases d’un dialogue fécond entre les institutions de la République », Macky Sall avait exigé que des « questions ouvertes sans complaisance » soient adressées, par le canal des députés, au Premier ministre et à son gouvernement.

Publications des contrats miniers et pétroliers

Toujours soucieux de faire du Sénégal une maison de verre, il n’a pas hésité à faire embarquer notre pays dans le train de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (Itie), une norme internationale visant à améliorer la gestion des revenus tirés des ressources minières, gazières, pétrolières.

Lancée en 2002 par le Premier ministre britannique Tony Blair, lors du sommet mondial sur le développement durable à Johannesburg, en Afrique du Sud, l’Itie est développée et soutenue par une coalition de gouvernements, d’entreprises, d’organisations de la société civile, d’investisseurs et d’organisations internationales.

C’est d’ailleurs au nom de son attachement indéfectible à ce souci constant de transparence que Macky Sall avait demandé la publication de tous les contrats (miniers, gaziers et pétroliers) et l’inscription dans la constitution du droit inaliénable de tous les Sénégalais à profiter des ressources naturelles.

« Je ne protégerai personne »

Dès lors, il pourrait paraître saugrenu, selon de nombreux observateurs, de penser que le Président Macky Sall pourrait être amené, pour quelque raison que ce soit, à revenir sur ses engagements d’hier et laisser proliférer des actes de mauvaise gestion ou encore de prévarication des deniers publics.

S’exprimant, à la veille de la fête de l’indépendance en 2012, il martelait déjà : « Je mets à ma charge l’obligation de dresser les comptes de la nation. L’assainissement de l’environnement des affaires et la lutte contre la corruption me tiennent particulièrement à cœur et je tiens à préciser que je ne protégerai personne. »

Bref, il y a fort à parier que la polémique sur la fuite du Rapport de l’Ige sera vite rangée dans les tiroirs pour attaquer, sans perte de temps, le seul chantier qui vaille aux yeux des Sénégalais : mettre un terme définitif au banditisme à col blanc et à l’affairisme d’État qui risque de saborder la bataille de Macky Sall pour l’émergence. En commençant, notamment, à suivre les recommandations contenues dans le rapport de l’Ige qui circule et porte sur les contrats octroyés à Petro-Tim

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