Ousmane Sonko: « Tous pourris » sauf lui ? (Par Oumou Wane)

On espérait enfin entrer dans le fond des sujets et des programmes, mais voilà plutôt qu’on touche le fond de la campagne avant même d’y entrer.

Il faut dire que fidèle à son credo : le radicalisme anti-système, le député Sonko, ex-inspecteur des impôts tire sur tout ce qui bouge le temps d’un meeting ou d’une interview, puis il disparaît dans sa tanière tel le sniper, sans prendre le temps d’étayer ses accusations, ni de répondre à ses accusateurs.

Avouons que le plus jeune des candidats à la présidentielle est passé maître dans l’art de la politique spectacle et tant pis s’il ne dit pas toujours la vérité.

Si l’invective du « tous pourris », grand classique du populisme, s’adresse dans la bouche de Sonko à tous les Présidents successifs du Sénégal, qu’il voudrait mettre au poteau d’exécution, à commencer par Léopold Sédar Senghor, la hargne qu’il met à attaquer le pouvoir est essentiellement dirigée contre Macky Sall, si occupé pour sa part à diriger le pays, qu’il ne semble même pas faire cas de ce garnement irrévérencieux.

Il n’y va pourtant pas avec le dos de la cuillère. Souvenez-vous, déjà à l’occasion de la visite d’Emmanuel Macron au Sénégal, l’an dernier, Ousmane Sonko avait estimé que Macky Sall ferait un « bon préfet de “nos ancêtres les Gaulois” ». On est en droit de se demander ici ce que deviendrait le pays s’il chassait toutes les firmes internationales au nom de sa politique nationaliste. Je ne parle même pas du projet d’abandon du Fcfa de la part de quelqu’un qui n’est pas économiste.

Avouez qu’un tel amateurisme, associé à une telle popularité, il y a de quoi foutre la trouille aussi bien au pouvoir, qu’à l’opposition.

Car oui, qu’on se le dise, l’art de conquérir le pouvoir n’est pas le même que celui de gouverner.

Je connais les ficelles de la communication et l’utilisation qu’en font les réseaux sociaux. L’acharnement contre Sonko en fait un pôle d’attraction et lui donne un statut de victime.

Il peut bien marteler ses vérités simplistes : « La roublardise, la démagogie, les détournements vont cesser au Sénégal ». « La jeunesse sénégalaise est une jeunesse saine qui n’a pas détourné l’argent public« .

Mais qu’a t-il à proposer à cette jeunesse honnête ? Il doit à ces jeunes des solutions, mais avant tout des réponses dans l’affaire du détournement de 94 milliards FCFA devenus 46 milliards dans laquelle il patauge et fait patauger tout le monde.

À ce sujet, Me El Hadji Diouf, l’avocat du Directeur des Domaines Mamour Diallo a donné un rendez-vous jeudi prochain aux journalistes pour des révélations fracassantes, voire une riposte médiatico-juridico-judiciaire contre les accusations de Ousmane Sonko sur la fameuse affaire de 94 milliards FCFA à propos de l’imbroglio du titre foncier (TF) n°1451/R.

On peut comprendre qu’une majorité de citoyens n’ait plus confiance dans les politiciens, de nombreuses affaires montrent l’implication de certains hommes politiques dans des faits délictueux. « Tous pourris » pour autant ? Ce serait simpliste de l’affirmer !

C’est pourquoi je veux dire à la jeunesse, qui éprouve une vraie souffrance, faite d’incertitudes face à l’avenir, rien ne justifie en aucun cas de céder à un style populiste et très ironique qui ne laisse certes personne indifférent, mais qui ne conduit nulle part.
Exigez des réponses là où l’on vous dit : « C’est de l’enfantillage, je ne répondrai qu’au Procureur s’il décide d’instruire la plainte que j’avais déposée ».

Posez-vous des questions ! La lutte contre la corruption et la mauvaise gouvernance, dans le discours d’individus loin d’avoir les « mains propres », n’a t-elle pas surtout pour objectif de prendre la place de ceux qu’ils dénoncent. Les conditions avantageuses liées au pouvoir en font un véritable fromage qui en tente beaucoup.

Alors, chère jeunesse, en qui j’ai toute confiance, préférez toujours le temps de l’action à celui des déclarations, préférez encore un homme remarquable à celui qui se fait remarquer, un bilan à défendre à une utopie à vendre.

J’en appelle à tous les républicains, face à la violence insupportable qui accompagne certaines déclarations et accusations, il faut qu’il y ait un sursaut et que toutes les voix qui comptent dans ce pays disent stop. Tous ceux qui sont attachés à la démocratie, au droit, à notre histoire, à la stabilité politique et la paix sociale… Stop à ce malaise et cette dérive populiste lourde de menaces, avant que le relâchement dans l’affirmation et le respect de ces valeurs, « nous éclate à la figure » !

Ceci étant dit, je ne suis pas une sbire du pouvoir et je souhaite que le débat ait lieu entre des candidats sérieux et de poids ! Nul doute qu’entre Macky Sall et Idrissa Seck, c’est le choc des poids lourds qui est attendu dès ce 3 février pour le lancement officiel de la campagne présidentielle ! Sans présager de quel côté la balance de Wade penchera mais si l’un des deux gagne, ce sera par KO !








Oumou Wane

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