Bouna Ndiaye Madjiguène Bassine, le prince qui préféra le Minebar au trône

« Dieu suscitera des hommes qu’Il aimera et qui L’aimeront », dit le Coran (V, 54). Et voilà que, en 1878, Il suscita, un Prince dont le parcours final du père fut si épique et infernal qu’il semblait même être prédestiné à l’apocalypse. Tout indiquait en ce Prince qui a peu vécu aux cotés de son père de Roi un futur produit d’une tragédie intenable qui mène directement à l’ombre. Mais le destin lui réservait un inépuisable silo de Grâces qui renseignent que Dieu Seul est Souverain !

Le Trône remplacé par le Minebar

Bouna Ndiaye Madjiguène Bassine n’était pas seulement Prince. Il était aussi un homme de Foi qui, se référant au verset 284 du chapitre II du Coran, considérait que « Ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre appartient à Dieu ». quoiqu’étant Prince du Djiolof, il ne cessait de dire à ses sujets que Dieu Seul possède, Lui Seul légifère et Lui Seul commande. C’est pourquoi, il a délibérément choisi de s’éloigner du Trône pour s’installer au sommet du Minebar.

Seydi Hadji Malick Sy le Géant de Tivaouane en avait déjà fait Moukhaddam en lui donnant les insignes symboliques de la Tidianya. Mais Bouna Alboury , l’ami de Mgr Hyacinthe-Joseph Jalabertà l’époque Vicaire apostolique de Sénégambie et du Cardinal Jean Verdier, Archevêque de Paris, qu’il avait reçu lui-même à Yang-Yang, était d’une ouverture pleine d’humanisme. Et quoiqu’étant ambassadeur et porteur de message de la Tidianya, il était aussi si proche de Cheikh Ahmadou Bamba, le fondateur du Mouridisme qu’il donna le nom de sa fille aînée à Sokhna Diarra Bousso, la mère du Fondateur du Mouridisme. Il était Moukhaddame Tidiane, mais ses liens avec Khadimoul Rassoul étaient si forts qu’ il donna en mariage sa fIlle Seynabou Ndiaye Bouba au fils ainé de celui-ci, Mouhammadou Moustapha Mbacké.

Bouna Alboury partait du principe que l’Islam est indivisiblement une religion et une communauté, une foi et un code de vie. Dans son enseignement rapporté par certains de ses enfants comme Mansour Ndiaye Bouna qui, par scénario divin ou par force mystique du destin, mourût comme lui un 28 juillet, l’Islam est une religion d’ouverture et de paix. C’est pourquoi, en sa qualité de Prince ayant choisi le Minebar, il s’est contraint de conduire, sous la dictée d’Allah, son peuple et ceux qui relèvent de son obédience à s’accommoder non des richesses, des plaisirs et des honneurs, mais uniquement de la foi primordiale, celle d’Abraham .

Il était, en fait, un praticien infatigable du tawhid et du tassawouf. Il a mené, jusqu’à son dernier souffle, une vie essentiellement consacrée à la prière et reposant sur la pratique stricte de la piété, du pardon, du renoncement aux vanités du monde, dussent-elles être légitimement royales. Finalement, Dieu mourrait en lui pour renaître en lui. Il était, en conséquence, devenu un mythe et un mystique. Sa vie était une spiritualité caractérisée par une lutte intérieure contre tout désir détournant l’homme de son centre. Elle était aussi une action désintéressée pour l’unité et l’harmonie de la communauté musulmane contre toutes les formes d’idolâtrie de pouvoir et de richesse qui écarteraient de Dieu.

La dimension spirituelle de Bouna Alboury était, en réalité, incommensurable. D’ailleurs, il n’y avait pas en son temps, une tête si haute ou si fière qu’elle fût, qui ne le saluait avec dévotion comme si sur son front, la main de Dieu, presque visible, avait posé deux couronnes : l’une qui est faite d’or et qu’on appelle génie royal, et l’autre qui est faite de Lumière et qu’on appelle génie religieux.

Un des enfants Mansour Bouna s’était mis sur ses pas et s’attachait, comme ses frères et sœurs, à son héritage en demeurant inextricable à son enseignement.

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